Piteuse, vous vous sentez minable, et acceptez avec reconnaissance la proposition de votre mari, pourtant tremblant de colère. « Rentrons. Nous n’avons plus rien à faire ici. » Vous baissez les yeux et réajustez votre jupe sur vos fesses, dont quarante personnes ont pu admirer le galbe et les débordements. C’en est trop pour votre pudique conjoint, qui fait barrage de son corps aux yeux de toute l’assistance.

Alors qu’il vous entraîne dans un coin du salon pour cacher sa honte et la vôtre aux yeux des spectateurs qui hésitent entre compassion et sourire complice, vous ravalez tout orgueil pour lui demander pardon.

« Mais enfin, tu as quel âge, pour te comporter comme ça ? » assène-t-il encore.

La honte vous suffit, ce n’est pas la peine d’en rajouter. Pourtant, vous comprenez sa réaction, et vous efforcez de paraître repentante, ce qui n’est jamais facile à montrer en raison même de la modestie qu’on doit témoigner dans ce genre de cas. D’autant que votre nervosité déclenche des petits rires nerveux, qui exaspèrent encore davantage votre mari blessé, incapable de comprendre la crise de nerfs qui vous guette. Vous gloussez, gloussez, et votre fou rire empire, gagne les épaules et le dos, vous ne pouvez plus réprimer l’hilarité qui monte, monte en vous en vagues de votre bas ventre jusqu’aux lèvres, alors que votre mari vous somme de vous calmer, de vous taire.

Vous tenant comme on tient un infirme, un fou, un enfant en plein caprice qu’on essaie d’évacuer du grand magasin au sol duquel il se roule en hurlant sous les regards réprobateurs d’une centaine de clients indignés, il vous fait sortir, saluant au passage, d’un genre « Ce n’est rien, elle est très fatiguée », « je maîtrise la situation, no soucy ! », cool et détendu, alors que sa main sur votre épaule s’enfonce comme la griffe d’un prédateur qui tente de maîtriser la situation avant que la proie de fasse une embardée, ne s’échappe, ne laisse apparaître la réalité de l’hystérie qui vous gagne. Il vous tient au bord de la crise et vous n’avez qu’une hâte, rentrer, vous terrer, fuir ces regards pour retrouver votre pouls et votre souffle, cesser d’être cette bête aux abois que tous les regards suivent, que le chasseur en chef tient d’une main toujours plus ferme comme si elle risquait soudain de ruer, de s’échapper dans les bois. Alors qu’il importe de vous ramener vivante.

Quand enfin, il vous pousse dans la voiture, l’ivresse et la tension retombent comme un soufflet. Vous larmoyez à présent comme une petite fille, cherchant fébrile un mouchoir pour éponger votre gros chagrin et la morve sur votre visage rougeaud, et sa main, apaisante cette fois, se pose sur votre joue humide.

« On va rentrer, tu as trop bu. Il ne s’est rien passé. » assure une voix que vous n’êtes pas tout à fait sûre de reconnaître.