Vous vous levez et lui en foutez une. En pleine poire. Elle chancèle, plus stupéfaite que réellement en colère, peut-être aussi tellement beurrée qu’elle ne s’est pas rendue compte de votre geste. Les autres, par contre, ce sont rués vers la scène (on reconnaît les hyènes à leur soif de sang frais) et un homme, le costaud de la bande, le mâle courageux et viril, vous tient fortement pour éviter que votre fureur ne s’en prenne à d’autres innocents.

« Non mais ça va pas ? finit-elle par bredouiller. 

Silence. Surtout, ne vous abaissez pas à répondre, à expliquer votre geste. Rien. Hauteur, silence, mépris.

« Vous êtes complètement folle ?

Tous les regards se tournent vers vous, qui ne dites mot. Plutôt crever. Mais on attend au moins une explication, à défaut d’excuses. Vous restez muette, le regard chargé de haine.

Votre mari ne sait visiblement pas où se mettre, et s’excuse à votre place, invoquant vos nerfs fragiles, l’alcool, étant navré, vraiment confus, ça ne se reproduira plus, nous allons rentrer, bien sûr, tellement désolé… Mais vous le fusillez du regard, alors que l’homme fort de la bande vous tient toujours, comme si armée d’une kalachnikov vous menaciez toute l’assistance. Votre silence fait pire, et votre sourire. Tant et si bien qu’on finit par s’énerver.

« Non mais tu vas t’expliquer, oui ? qu’est-ce qui t’a pris ? t’es timbrée ? me hurle un gros chevelu.

-Elle est dangereuse, cette meuf, commente avec une pertinence incroyable une blondasse juchée sur vingt centimètres de talons.

- Tu te fous de notre gueule ? jacasse un banquier.

Alors l’homme énergique qui vous ceinturait vous secoue, pour vous engager sans doute à parler, à implorer le pardon, la clémence de ce ramassis d’abrutis que vous dévisagez toujours avec hauteur et mépris, un sourire sardonique peint sur le visage. Et c’est l’hallali.

Le banquier, outré que sa sympathique question soit restée sans réponse, vous crache à la figure. Sans essuyer le crachat, vous restez de marbre, le même sourire de haine vissé au visage. Ça aiguise évidemment leur violence. La femme outragée par votre geste vous gifle à son tour, guettant votre réaction. Pendant ce temps, votre mari, ne sachant plus très bien où donner de la tête, plaide la folie, et essaie de vous entraîner, de vous libérer de l’étreinte de votre ravisseur, mais sans avoir l’air de s’opposer à lui, vu que c’est en train de mal tourner. Vous le voyez gesticuler, essayer d’arrondir les angles alors que tous les masques craquent, que le vernis de bonne éducation bourgeoise laisse apparaître la violence de tous ces gens ivres de pouvoir et d’alcool. Après la première gifle, un coup de pied dans le ventre, pour vous voir plier. Mais vous avez accusé le coup sans vous départir du sourire, et ne vous êtes affaissée qu’un instant avant de vous redresser, toujours tenue par l’homme de la situation, qui permet maintenant à toute la bande de se défouler sur vous, tandis que votre mari, affolé, essaie à présent de les raisonner.

« Mais arrêtez, arrêtez, voyons ! C’est disproportionné ! on va partir ! » mais il n’ose pas affronter directement les hommes et femmes qui tirent vos cheveux, vous lancent coups et insultes au visage. L’une d’elles, de son talon pointu, écrase vos mains tandis que le costaud de service vous maintient à terre. Vous avez horriblement mal, mais parvenez à serrer les dents tandis que la meute se défoule en toute impunité.

Le cri a jailli :

« Bougnoule ! »

Vous n’êtes pas, ni n’avez jamais été des leurs. Pour avoir essayé, par votre mariage, de rentrer dans leur cercle étroit, vous avez commis un crime impardonnable, que la gifle n’a fait que révéler dans toute son horreur au public qui cherche maintenant à vous anéantir en vous traitant d’Arabe, ce que vous n’êtes pas, exprimant ainsi sa haine et sa peur du mélange, de la transgression des barrières sociales et ethniques que votre présence dans le jardin –et non en cuisine- révèle. Pas bougnoule, non, mais issue d’un milieu modeste, d’origine portugaise, petite employée qui n’a rien à voir avec la belle bourgeoisie de ce jardin fleuri, qui n’aurait jamais dû se retrouver là. Quand on a franchi les échelons, on a la décence de faire oublier ses origines douteuses, et de remercier ceux qui vous acceptent à leur table.

Vous n’avez rien compris, ils vont vous le faire payer. Et votre mari n’y pourra rien : s’il continue à essayer de vous défendre faiblement, ils s’en prendront aussi à lui.

Le sang coule de vos lèvres tuméfiées, mais leur haine ne s’arrête pas : maintenant que les vannes sont ouvertes, on ne vous laissera pas partir vivante de cet univers où vous vous êtes fourvoyée, petite hypocrite, misérable insecte, on vous écrasera pour avoir tenté de les rouler, de leur faire croire à votre égalité, pour ne pas vous être humiliées devant ces Grands.

Quelqu’un va chercher un couteau à la cuisine.

« Tu vas comprendre ce que ça coûte de jouer les rebelles, salope », marmonne un pédégé en chemise claire.

 

a)      Vous acceptez votre sort.

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b)      Vous tentez le tout pour le tout

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c)       Vous priez pour qu’un ange exterminateur vienne vous sortir de là.

http://www.canalblog.com/cf/my/?nav=blog.manage&bid=856625&pid=28268487 (numéro 19)