Un silence sépulcral a succédé aux cris de la meute.

Lorsqu’il revient de la cuisine JB, le collègue de votre mari que vous trouviez plutôt sympa en début de soirée –d’ailleurs, votre mari n’a pas émis un mot quand la foule s’est approchée, menaçante, de vous, et fume dans la pénombre une Winston bleue, légèrement à l’écart de l’attroupement, tandis que vous le cherchez des yeux et finissez par le débusquer sous un palmier, l’allure détendue d’un promeneur du samedi soir.

Il ne viendra plus vous sauver, c’est certain.- JB s’avance, spectral dans sa chemise claire, tenant un couteau sur la lame duquel la lune fait luire de sombres reflets. L’heure de votre fin est proche.

Résignée à cette mort stupide, vous regardez vers le ciel, théâtrale et sublime.

Le temps passe. La foule attend. Le sacrificateur, enfin, lève vers vous l’arme fatale.

 

Votre sang lentement tache le gazon d’une pelouse impeccablement entretenue, que le jardinier s’appliquera à nettoyer lundi.

 

Au fond du jardin, Juan José a trouvé une pelle au garage, et s’active déjà à effacer les traces de cet incident funeste. La soirée va pouvoir reprendre son cours.