Enfances sauvages

27 juillet 2011

Anne Sibran, Je suis la bête, 2007, Gallimard

Lucien Malson, Les enfants sauvages, 1964, Union générale d’éditions (10/18)

La part du naturel et de l’acquis dans ce qu’on appelle la « nature humaine » se pose avec une acuité particulière dès lors qu’on est confronté à l’éducation d’un enfant. Les deux ouvrages abordent la question de façon assez complémentaire pour mériter d’être mis en parallèle.

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Dans son essai, écrit en pleine querelle entre naturalistes et culturalistes, Lucien Malson réfute la thèse d’une « nature humaine », citant abondamment les exemples de diversité culturelle transis par les anthropologues culturalistes comme Margaret Mead. C’est d’un point de vue social que l’homme a une « nature » qui lui est propre, dans les relations qu’il entretient avec son entourage. A l’issue d’une longue démonstration, il en vient à dénombrer ces caractéristiques sociales de la nature humaine : rapport au temps et à l’espace, capacité combinatoire et « mouvement oblatif » : le don dans sa gratuité et le rapport qu’il établit avec l’autre seraient le seul facteur anthropologique permettant de définir l’humanité du sujet. Ainsi conclue-t-il sa longue introduction par ces termes, qui résument sa conception d’une prétendue « nature humaine » :

 

« L’homme sans la société des hommes ne peut être qu’un monstre parce qu’il n’est pas d’état pré-culturel qui puisse réapparaître alors par régression.les enfants « sauvages », ceux qui ont été privés très tôt par hasard ou par dessein de l’atmosphère éducative humaine, ceux que l’on a abandonnés et qui ont survécu à l’écart par leurs propres moyens, sont des phénomènes de simple difformité. On se tromperait dit encore Levi-Strauss, si l’on voulait voir en eux « les témoins fidèles d’un état antérieur », soit voir en eux la nature avant toute culture. Les enfants « sauvages », ceux que Ruyer appelle « les enfants-Tarzan » -qui n’ont d’ailleurs (…) aucune parenté psychologique avec le héros mythique et rousseauiste- nous donneraient la preuve ultime, s’il en était besoin, que l’expression « nature humaine » est absolument vide de sens. »

Après cette première partie qui examine le lien entre l’individu et la culture dans laquelle il est élevé, est abordée en deuxième partie la question des enfants sauvages, cas limite puisque ces enfants trouvés le plus souvent parvenus à l’âge adulte ont grandi non pas dans leur environnement humain « naturel » qui leur aurait permis de développer leurs facultés sociales, celles-là mêmes dont Malson vient d’affirmer qu’elles constituaient précisément leur humanité : abandonnés dans la nature à un âge parfois très précoce et « élevés » alors par une mère animale pendant leurs premières années, ces enfants devraient constituer une espèce d’humanité antérieure à la civilisation, presque « absolue » puisqu’ils n’ont pas été corrompus en quelque sorte par la culture humaine. Or ces êtres sont-ils seulement humains ? d’après quelles définitions ?  Ce qui est intéressant, c’est que ces expériences sont l’exact pendant des expériences d’éducation de jeunes animaux quelques années plus tard, qui posaient au fond la question de la frontière entre humanité et animalité : une famille américaine, les La Farge, avaient adopté en 1974 un jeune chimpanzé appelé Nim[i], et de nombreux scientifiques se sont penchés sur les capacités d’apprentissage qu’a révélée l’expérience, et qui mériterait d’être mise en perspective avec le livre de Malson.

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la statue représentant Victor à Saint-Sernin-sur-Rance de Rémi Coudrain, www.coudrain-sculpteur.com

 Pour répondre à ces questions passionnantes, Malson livre en effet le long rapport du Docteur Itard sur Victor de l’Aveyron, qu’il a essayé de « ramener à l’humanité » et d’éduquer après sa capture, à l’adolescence, avec un réel intérêt pur le jeune homme trouvé à Saint-Sernin-sur-Rance, dans les Monts de Lacaune, au début du dix-neuvième siècle. Le récit du Professeur Itard est tout à fait passionnant dans la mesure où il montre les progrès de Victor et ses limites, dues à un isolement trop long et aux capacités qu’il n’a ainsi jamais acquises, mais aussi parce qu’il donne à lire un véritable traité d’éducation. Lorsqu’il rencontre le jeune Victor, celui-ci se caractérise par « ses colères subites, sa dilection pour les flammes, sn sommeil réglé sur le lever et le coucher du soleil, ses efforts pour retrouver sa liberté, son absence enfin de conscience de toute image spéculaire » ; l’attention vacillante, démuni évidemment de tout langage, il semble au spectateur « le parfait idiot » sorti des forêts. Itard va non seulement lui permettre de se doter de gestes socialement admissibles, d’une dextérité qui lui permettra de vivre dans une maison, mais va aussi travailler à lui faire acquérir une sensibilité et une affectivité plus grandes : en cela, il s’agit bien d’éduquer un homme et non de dresser un animal. De plus, les liens entre la richesse des sensations et la complexité du langage me semblent assez évidents pour que je n’aie pas à m’étendre sur ce point.  En 1806, soit six ans après sa seconde capture et le début des efforts de son aître, Victor a appris à lire et écrire assez pour se faire comprendre à l’écrit.

Dans le rapport du Professeur Itard, de nombreuses pistes éducatives apparaissent, qui montrent comment l’homme n’advient homme que grâce au milieu qui l’entoure et à la capacité à ressentir des sensations de plus en plus fines en les exprimant peu à peu à l’aide d’un langage adapté. Victor se jette dans l’eau froide mais ne supporte au début aucune tiédeur à l’eau : peu à peu, Itard l’habitue à une eau de plus en plus chaude qui finit par lui donner le goût du confort : de même, il l’habitue à des plats de plus en plus élaborés (au départ, le jeune homme se nourrit exclusivement de châtaignes crues), jusqu’à développer chez lui le plaisir du sucré. En lui faisant toucher différentes matières, plus ou moins douces ou piquantes, il aiguise son toucher et le détache des nécessités immédiates (au niveau auditif par exemple, Victor au départ  était sensible à des bruits infimes mais signifiant un danger possible en forêt, et totalement imperméable au bruit de déflagrations, activités humaines inutiles à la survie en forêt) : ainsi, il lui apprend non seulement une fore d’abstraction qui mène au langage, car Victor doit rassembler des objets entre eux selon les sensations qu’ils lui procurent, mais surtout il lui permet de passer de l’instinct de survie à une forme de plaisir gratuit dans la réappropriation des sensations. C’est ainsi qu’apparaît le langage, nécessaire pour nommer des objets devenus distincts parmi l’informe chaos du onde : on passe du grognement inarticulé purement informatif, qui ne sert qu’à communiquer un danger, une menace, une peur, une forte colère, à un langage humain. Car si certaines espèces animales communiquent aussi de façon souvent complexe, le langage est proprement humain. On peut rappeler ces célèbres lignes de Benveniste, définissant le langage humain par rapport à celui des abeilles, dans Problèmes de linguistique générale I, 1966, chapitre V « Communication animale et langage humain » :

« Cette différence se résume dans le terme qui nous semble le mieux approprié à définir le mode de communication employé par les abeilles ; ce n'est pas un langage, c'est un code de signaux. Tous les caractères en résultent ; la fixité du contenu, l'invariabilité du message, le rapport à une seule situation, la nature indécomposable de l'énoncé, sa transmission unilatérale. Il reste, néanmoins significatif que ce code, la seule forme de « langage » qu'on ait pu jusqu'ici découvrir chez les animaux, soit propre à des insectes vivant en société. C'est aussi la société qui est la condition du langage. »

une scène du film de François Truffaut L'Enfant Sauvage (1970)

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SI le langage est un élément constitutif de la vie en société, fût-elle animale, le langage humain est le réel aboutissement de cette éducation que subit le jeune Victor, et qui fait de lui un homme véritable. L’essai de Malson qui s’appuie sur le rapport d’Itard réfléchit donc aux rapports entre nature et culture chez l’homme pour montrer en somme que le seul commerce avec ses semblables permet de devenir humain à partir d’une intelligence innée qui ne se développe qu’en société parmi ses semblables : jamais un enfant parfaitement « sauvage » n’ayant connu d’autre humain ne parviendra à parler.

Le roman d’Anne Sibran repose cette question après plus de quarante ans riches d’expériences, de rêveries sur l’homme sauvage et de questionnements anthropologiques. Certains films en particulier comme L’Enfant sauvage de Truffaut(1970) ou dans le registre populaire les Tarzan représentant un homme des bois parfaitement civilisé en dépit de son cri animal (si viril…), la popularisation par Walt Disney de l’histoire de Mowgli adopté par des loups ont contribué à forer un imaginaire fascinant. Mi-homme, mi-animal, il conserve la part de naturel et de liberté qui font précisément défaut à l’homme moderne en manque de forêts vierges et d’aventures. Dans une société hyper civilisée, c’est-à-dire codée, où l’on vit constamment sous le regard de l’autre et de normes extrêmement dures, ce rêve d’un retour à un état primitif débarrassé des conventions sociales alimente le mythe.

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http://divergences.be/spip.php?article1193

 

Mais l’originalité profonde de Je suis la bête réside moins dans l’histoire que dans la langue.  Anne Sibran fait le récit d’une enfance abandonnée aux griffes d’une mère chatte lors d’une première scène aussi violente que fascinante : le bébé,  gisant dans un placard au creux d’une vieille maison, agonise lentement quand survient une chatte venue mettre bas : agrippant sa fourrure et dévorant les chatons mort-nés, l’enfant devient le bébé de la chatte, qui l’emmène en pleine forêt, en pleine sauvagerie, où elle apprend à chasser et se défendre à coups de griffe des prédateurs. Elle est un jour capturée par Limaille, qui essaie de la dresser à devenir fille, et elle s’échappe, puis revient pour l’affection de la vieille bonne Douci, qui la régale de rondelles de saucissons et la laisse se frotter à sa jupe. Mais lorsque Limaille en a fait une vraie fille, qui va se faire baptiser, elle s’enfuit à nouveau, prenant avec elle un bébé pour le soustraire à la sauvagerie humaine : le village lui donne alors la chasse. Ce récit âpre et fragmenté est écrit dans une langue faite de sève et d’écorce, une langue sauvage, qui est celle que s’invente l’enfant hésitant entre la compagnie des hommes et l’appel de la forêt, ne sachant plus pour quelle monde elle est faite, devenue un véritable « monstre » sous la férule de Limaille qui l’a dénaturée au sens propre comme au figuré. Voilà ce qu’en dit l’auteur dans cette interview (http://entractes.sacd.fr/paroles/sibran.php?l=par):

« Dans Je suis la bête, j’ai voulu essayer de renverser les perspectives. Donner langue à une histoire où la compassion est pour une fois du côté de l’animal. A la place de l’homme, la bête entend cette fois l’enfant, être d’argile qui sera modelé tour à tour par l’une puis par l’autre.
Cette situation est intensément romanesque dans la mesure où il s’agit de décrire avec une précision extrême quelque chose qui n’a jamais été raconté : le monologue d’un enfant sauvage qui vit, chasse et combat dans la forêt. Quelle langue donner à un tel récit ? Quel est l’accent de la sauvagerie, ce parler particulier d’une expérience tellement impressionnante que l’on n’en pourra point douter ?
Tel a été pour moi l’un des enjeux les plus palpitants de ce livre : trouver cette scansion de fond de gorge, de fond de bois, qui remonte peu à peu jusqu’au rebord de ses lèvres. Inventer un langage qui donnera voix au fantastique, c’est-à-dire à une réalité insoupçonnable, au delà des marges, au delà de tout.
»

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La scène d’abandon bouleversante par laquelle débute le récit mérite qu’on s’y attache :

Puis il y a eu le moment où j’ai cessé de gratter. Je m’appliquais tellement à les entendre. Est-ce que j’avais encore une respiration ?

J’ai léché le sang aux quatre doigts. La lumière s’était éteinte dessous la porte. Il n’y avait plus aucun bruit. Alors cette fois je suis d’accord : la femme et l’homme avaient bien quitté la maison.

Je ne sais pas les heures qu’ils étaient mais j’ai fini par m’allonger. J’avais la bouche sèche, et rien qu’à m’en souvenir, j’ai la langue aussi dure que les dents.

La dernière eau qui me reste part en giclées d’urine sur des cuisses trop froides pour être encore à moi.

Ensuite, j’ai mes mains qui s’en vont. Elles raclent le sol, remontent vers le fond du placard. Parfois le corps prend plus de place à mourir que lorsqu’il est vivant. Alors les bras s’étirent. Le dos se cambre. Et je n’ai déjà plus de souffle, qu’un cœur lent et distrait, quand le bout de mes doigts s’enfonce tout à coup dans une fourrure profonde, quelque chose de très doux.

 

Je rampe en désordre, à me marcher dessus. Car je sens une respiration derrière les poils. Un ventre qui se lève, qui s’abaisse. Avec cette odeur brûlante, irrésistible, d’entre le lait et le sang.

 

Ma main avait touché une chatte grosse. Avec ce poil en écorce, ces yeux de sève. De cette race tellement farouche que jamais l’homme ne la voit.

Des chats de vent presque impossibles, mais avec huit lignes sur la queue comme il se doit.

 

Celle-là était venue pour mettre bas. Entrée par un soupirail étroit, sous un rideau de ronces, dans le fond du placard.

Ma bouche avait déjà trouvé les petits boutons roses perdus dans sa fourrure. Et je me tortillais furieusement pour ces giclettes de lait qui me venaient partout, dans l’œil ou sur le front.

Je gigotais si bien pendue à son suçoir, que je n’ai pas senti d’abord les chatons mort-nés, qui roulaient sous mes épaules, se coinçaient à mon cou. C’est pour ça que la mère se laissait faire d’ailleurs. Autrement j’aurais reçu la griffe, pendue comme ça à ses tétons !

 

A peine flairés les chatons, aussitôt dans ma bouche. Ils avaient les os si mous que j’en garde l’impression d’un ventre de lapin. Mais sans le goût des herbes amères. De toutes les façons, j’étais si faible. Comme j’aurais pu survivre sans ces viandes à mâcher ?

Ensuite, j’ai dû me coucher contre elle, dans sa chaleur de fond de ventre. Où j’aurais bien voulu rentrer.

 

L’horreur à l’état pur de cette scène d’abandon et d’agonie est à la limite du soutenable, tant la mort approche au cœur de la syntaxe, à travers quelques procédés poétiques comme les brouillages énonciatifs entre voix de l’Homme et  cri de l’animal, tension structurant tout le passage.  La pensée de l’enfant est traduite par un discours indirect libre (« Autrement, j’aurais reçu la griffe, pendue comme ça à ses tétons ! ») qui met en valeur la spontanéité de la crainte de l’enfant. On peine ainsi à distinguer  la pensée de l’enfant reproduite par l’adulte du commentaire de l’adulte distant. Les passages au présent de vérité générale créent une impression de simplicité pour le lecteur, qui est intégré à ce récit et cet usage donne un e impression de familiarité à  tout ce qui se passe dans le texte (« que jamais l’homme ne voit », ou avec le démonstratif « ce » qui fait référence à un univers connu : « avec cette odeur brûlante, irrésistible »). On hésite donc sans cesse entre deux voix, celle de l’enfant enfermé, et celle de l’adulte, narrateur extérieur ou cet enfant même qu’on imagine devenu adulte. L’usage de la première personne est d’autant plus troublant, que l’auteur est une femme, comme son personnage : roman à la première personne ou autobiographie, seule la suite pourra trancher.Cet extrait est aussi marqué par une confusion syntaxique. On y trouve des expressions qui se chevauchent, telles que « je rampe en désordre » : cette expression mime l’usage enfantin du langage qui rend plus concises une expression en créant une impression de locution verbale qui n’en est pas une : en cela l’invention d’un langage étrange, à la lisière de l’animalité et de l’humanité, débouche sur une grande poésie. L’abondance des phrases nominales commençant comme après une virgule contribue à ce dérèglement poétique du corps et de la langue : « Car je sens une respiration derrière les poils. Un ventre qui se lève, qui s’abaisse. Avec cette odeur brûlante, irrésistible (…) ». Les phrases sont  comme entrecoupées : l’impression première l’emporte sur la logique de la construction. L’enfant utilise des phrases courtes, scandées, pour préserver une respiration « trop lente » : l’apparition de ce genre de phrases « orales » est essentielle pour mieux faire comprendre la douleur de l’enfant agonisant : l’horreur de la scène, qui raconte l’agonie d’un bébé abandonné par ses parents, cède le pas à l’étrangeté d’une rencontre, celle de l’enfant avec l’animal, qu’elle est en train de devenir par la mort.

Romulus

Le vocabulaire simple, les métaphores omniprésentes, les jeux sur les sonorités, le rythme des phrases contribuent à créer un nouveau langage et à faire émerger de cette scène atroce une nouvelle forme de vie, à donner corps à une renaissance, notamment à travers l’importance accordée aux sensations : le toucher en particulier, sens animal s’il en est, est sans cesse sollicité dans ce texte qui montre une rage de vivre proche de l’instinct de survie.Anne Sibran parvient dans ce début de roman à faire renaître un mythe, celui de la mère animale. Comme la louve qui nourrit les fondateurs de Rome, les jumeaux Romus et Rémulus, la chatte ici redonne sa fonction vitale, nourricière, maternelle, à l’animal femelle, qui assure non seulement la survie de l’homme, mais celle du héros fondateur. Mais l’auteur reprend ce mythe sans nulle grandiloquence, avec simplicité et étrangeté : c’est la liberté fondamentale de l’écriture par rapport à l’humanité, le souffle poétique, la sauvagerie du langage réinventé qui s’expriment ici, dan la réécriture du mythe.

D’autres passages montrent cette incessante tension entre deux mondes inconciliables, que seule la tendresse de Douci pourrait éventuellement laisser coexister si la sauvagerie n’était pas du côté des hommes, qui redressent le dos de l’enfant avec une violence inouïe, qui en lui reprenant l’enfant rejouent de façon inversé l’abandon augural : les hommes sont les véritables bêtes sauvages quand la mère véritable est la chatte qui griffe, qui feule, qui entraîne dans un monde hostile plein de ronces et de froid.

Le roman est aussi beau que déconcertant, mais donne à penser réellement sur les rapports entre l’homme et l’animal, et le langage. S’il est constitutif de l’espèce humaine vivant en société avec ses semblables, il est aussi spécifique à l’homme parce que ce dernier a la capacité de l’inventer à chaque moment (Benveniste, opus cit. : « Chaque énoncé se ramène à des éléments qui se laissent combiner librement entre eux selon des règles définies, de sorte qu’un nombre assez réduit de morphèmes permet un nombre considérable de combinaisons, d’où naît la variété du langage humain, qui est capacité de tout dire. »). Or, paradoxe suprême : alors que l’héroïne de Sibran renonce au langage avec l’humanité, l’auteur invente justement un langage poétique d’une rare intensité et fait de ce récit âpre et tendu une véritable ode à la liberté.



[i] Sur cette expérience, à lire : http://www.lenuki.com/article-21464458.html